Transactions financieres : Le juteux business de la monnaie électronique en Afrique fait courir les investisseurs

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Transactions financieres : Le juteux business de la monnaie électronique en Afrique fait courir les investisseurs

Un évènement majeur s’est déroulé il y a 12 mois dans le secteur de la monnaie électronique en Afrique. Et cela n’a apparemment pas retenu l’attention de nombreuses personnes, à l’exception de celle de certains observateurs avertis. Il s’agit du géant américain du paiement en ligne, Paypal,  qui, en mars 2018, décide  d’accélérer sa stratégie de conquête du vaste marché africain de la consommation (les consommateurs du continent ont dépensé 4000 milliards de dollars US en 2015 et devront dépenser près de 6660 milliards de dollars US d’ici 2030, d’après le rapport 2018 de la Brookings Institution). Comment ? En s’associant à plusieurs fournisseurs des services Mobile Money (paiement mobile) aux fins de proposer ses services aux abonnés  Paypal et stimuler l’adoption de son service de paiement via la facilitation des achats en ligne (communiqué de presse du géant américain du paiement en ligne). L’objectif d’un tel déploiement, d’après Efi Dahan, le directeur général de Paypal pour la Russie, le Moyen-Orient et l’Afrique, consiste surtout à toucher un plus grand nombre de communautés non bancarisée sur le continent. Afin d’encourager les Africains à utiliser davantage ses services, la société américaine de paiement en ligne propose à ses futurs clients africains de couvrir leurs frais d’expédition de marchandises à hauteur de douze (12) fois l’année. Ce qui devrait faire courir plus d’un utilisateur, lorsqu’on sait que les frais d’envoi de marchandises sont souvent coûteux pour les clients.

Bien que le magazine Investors4africa n’a pas réussi à obtenir des informations au sujet des fonds que Paypal entend déployer pour la conquête du marché africain via la solution Mobile Money, l’on sait cependant que cette entreprise américaine a réalisé un chiffre d’affaires de 11 milliards de dollars US en 2016 dont une partie sur le continent africain.  C’est l’équivalent d’environ 6500 milliards de FCFA. Fondée en 1998 en Californie (aux USA), Paypal est le leader mondial des solutions de paiement en ligne, totalisant à ce jour plus de 267 millions d’utilisateurs dans le monde entier. Disponible sur 202 marchés dans le monde entier et dans 25 devises, PayPal constitue une véritable plateforme de commerce électronique mondial, permettant d’effectuer des paiements dans des lieux, des devises et des langues différentes. En Afrique, le géant américain du paiement en ligne couvre en tout 50 États sur les 54 que compte que le continent.

Vous l’aurez sans doute compris. Paypal, qui est un géant du paiement mobile dans le monde est présent en Afrique depuis plusieurs années. Mais pourquoi cherche-t-il aujourd’hui des appuis sur le  secteur de la monnaie électronique, plus précisément le Mobile Money (dont l’Afrique est précurseur) pour toucher plus de clients? Certainement, pour la simple raison qu’il s’agit désormais d’un secteur d’activité intéressant pour les affaires ; même si ce dernier ne cherche jusqu’ici qu’à en tirer profit de son impact sur de nombreuses autres activités (le E-commerce, par exemple). Plusieurs facteurs permettent d’ailleurs de le démontrer : le volume des transactions par Mobile Money continue de croître en Afrique ainsi que le nombre d’utilisateurs, les cartes  bancaires sont de plus en plus utilisées sur le continent, les banques s’associent aux opérateurs de la téléphonie mobile afin de lancer des solutions de paiement mobile, la concurrence entre les banques et les opérateurs de téléphonie mobile fournisseurs des services Mobile Money est de plus en plus rude, les bénéfices engrangés par les opérateurs de la téléphonie mobile sur le mobile paiement sont de plus en plus importants, les leaders mondiaux des paiements digitaux que sont Visa et Mastercard innovent et boostent le mobile banking en Afrique, etc…De leur côté, les Etats africains opèrent de plus en plus de réformes dans le secteur de la monnaie électronique afin de booster leurs recettes fiscales (cas de l’Ouganda, du Kénya, de la Tanzanie et de la Côte d’Ivoire, etc). Tout comme l’on ne manque pas de voir des grands groupes étrangers, parfois issus d’un même pays, se crêper le chignon au sujet du juteux marché du Mobile Money en Afrique (cas du groupe Orange et de Société générale, en Afrique).

Une montée en puissance du Mobile Money

Par monétique ou  monnaie électronique, les experts entendent une monnaie stockée sur des mémoires électroniques de façon indépendante d’un compte bancaire. Cette dernière correspond, apprend-on,  à une valeur monétaire qui est stockée sous une forme électronique (carte prépayée, ordinateur, porte-monnaie électronique, etc.) émise contre la remise de fonds, et pouvant être utilisée à des fins d’opération de paiement. Quant au Mobile Money, il s’agit tout simplement d’une technologie permettant aux utilisateurs de recevoir, garder et dépenser de l’argent en utilisant un téléphone portable. Lorsqu’on jette un coup d’œil critique sur le volume des transactions de monnaie électronique par Mobile Money, on comprend vite qu’il ne cesse de croître. Ce qui signifie sans doute plus de bénéfices pour les investisseurs du secteur (MTN, Orange, etc). Et davantage de recettes fiscales pour les Etats. Les Banques ont compris les enjeux et ne comptent pas abandonner ce gros gâteau aux seuls opérateurs de la téléphonie mobile, comme on le voit à travers les innovations dont elles font preuve (Ecobank, Société générale avec Yup, UBA, etc).

Selon le Rapport 2018 de GSMA sur l’économie mobile en Afrique (The Mobile Economy Subsaharan Africa 2018), le Mobile Money continue à se développer rapidement en Afrique subsaharienne. En 2017, la valeur totale et le nombre de transactions d’argent  via le téléphone mobile ont augmenté de 14,4% et 17,9% pour atteindre 19,9 milliards de dollars et 1,2 milliard, respectivement. Tout comme il y avait 135 fournisseurs de services du Mobile Money sur le continent à  fin 2017, avec 122 millions de comptes actifs. « Bien que l’Afrique de l’Est reste le plus grand marché du Mobile Money, représentant 56,4% du nombre total d’utilisateurs dans la région, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale ont connu un bond rapide ces dernières années, aidées par des politiques de réglementation incitatives. Les deux sous-régions ont vu leur part du marché de l’argent mobile doubler pour atteindre 30,9% et 9,7%, respectivement, entre 2012 et 2017 », souligne l’étude.

Transactions par monnaie électronique: 99% de transactions via le Mobile Money en zone Cemac

Dans la zone Cemac, le Mobile Money a largement dominé les transactions par monnaie électronique dans la sous-région en 2016 (rapport Beac, novembre 2017). Sur les 735 milliards de FCFA de dépôts en espèces par la clientèle dans les points de vente, 663 milliards de FCFA (99%) l’étaient via le Mobile Money. La domination du Mobile en zone Cemac n’a pas changé en 2018, puisque 99% des transactions de monnaie électronique d’une valeur de 8296 milliards de FCFA ont pu se faire via cette solution. Situation tout à fait différente dans la zone Uemoa en Afrique de l’Ouest, où l’on observe  encore un niveau bas des transactions via le Mobile Money. Soit seulement 16,9% de volume global des échanges d’une valeur de 48 599 milliards de FCFA en 2017, selon le rapport annuel de la BCEAO. Une situation qui s’explique, apprend-on, par l’absence d’une plate-forme interopérable pour les services financiers via la téléphonie mobile comme en zone Cemac.  Cependant, celle-ci va sans doute changer dans les prochains mois, avec l’interopérabilité bancaire.

Contrairement à la monnaie fiduciaire, la monnaie électronique et particulièrement les services de Mobile Money jouent un rôle clé dans l’extension des services financiers aux personnes ayant un accès limité aux institutions financières traditionnelles. Et en particulier, les femmes et les populations rurales. Ces dernières années, le produit est devenu un outil essentiel pour la numérisation des transactions dans les secteurs public et privé, apprend-on.  D’après les experts, l’on a noté, ces dernières années, qu’un nombre croissant de fournisseurs des services Mobile Money sur les marchés émergents collaborent de plus en plus avec les gouvernements dans l’optique de numériser les flux de paiement de personnes travaillant pour ou avec les gouvernements. L’objectif visé ici étant d’’améliorer la collecte de fonds, la transparence, la traçabilité et la responsabilité. C’est par exemple les Cas du Ghana qui compte  y s’appuyer  pour réaliser son objectif de nation sans cash d’ici 2020.

L’utilisation des cartes bancaires de plus en plus importante

Quant aux cartes bancaires, leur usage est de plus en plus important sur le continent, comme le démontre bien ces récentes données  du cabinet londonien Retail Banking Research. Dans l’un de ses récents rapports, ce dernier renseigne que la carte (outil traditionnel de la monétique), est en train de gagner du terrain en Afrique et au Moyen-Orient. Tenez, par exemple, alors que 611 millions de cartes étaient en circulation dans ces deux régions du monde en 2015, ce ne sont pas moins que 910 millions de cartes de paiement qui devraient être en circulation d’ici  deux ans (2021). Le cabinet londonien identifie par ailleurs le continent africain comme l’endroit où les cartes de paiement connaissent une croissante très forte. Tout comme selon une étude de l’entreprise australienne Ovato relative à l’industrie des paiements par carte, l’on apprend que le volume d’achats des biens et services généré par les cartes Visa, American Express, Mastercard et Divers Club sur le continent africain et au Moyen-Orient en 2016 a enregistré une hausse de 12,4% en 12 mois, pour se situer à 327,8 milliards de dollars US. Les évolutions enregistrées au cours de ces dernières années dans le domaine des TIC, qui sont venues briser certaines barrières, y sont pour beaucoup, apprend-on.

S’appuyer sur la solution Mobile Money afin d’accroître son portefeuille client en Afrique  comme vient ainsi de le faire Paypal,  s’apparente  à une déclaration de guerre à des concurrents présents dans plusieurs secteurs d’activités. Parmi ceux-ci, les géants mondiaux du transfert d’argent (Moneygram a signé un partenariat avec Econet Wireless au Zimbabwé en 2015, afin d’étendre ses services aux 4,9 millions d’abonnés au Mobile Money de l’opérateur télécoms),  ainsi que ceux opérant dans  le E-commerce (Amazon)  et qui convoitent le marché africain, mais aussi des acteurs locaux impliqués dans le transfert d’argent (Express Union) et le commerce électronique (Jumia, Afrimarket, etc). Toutefois, il convient  surtout de voir derrière cette nouvelle offensive de Paypal en Afrique le fait que la monnaie électronique boostée par le Mobile Money peut apporter beaucoup aux investisseurs étrangers.

Joseph Roland Djotié

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