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Maxime Lakat : «Le Crowdlending offre une alternative aux PME pour le financement de leurs projets»

Que retenez-vous après deux mois de stage académique au sein du cabinet conseil en management des projets et l’accompagnement des investisseurs, JMJ Africa ?

Que du positif. Beaucoup de bonnes choses. Car j’ai beaucoup appris, tant au niveau personnel, professionnel qu’intellectuel. A différents niveaux, je pourrais passer pratiquement des heures à ne parler que ce cela ; à travers ce stage mais également à travers l’expérience d’être venu au Cameroun. Parce qu’être au sein du groupe JMJ Africa, c’est seulement une partie de l’expérience de mon stage ici. Vivre au quotidien au Cameroun, interagir avec des personnes en dehors des bureaux, voir les collègues en dehors des bureaux, etc, ont contribué à densifier cette expérience. J’ai donc beaucoup appris.

Pour revenir à l’objet de votre stage, sur quoi portait-il ?

J’ai  travaillé sur la plateforme de création de Crowdlending avec mon collègue Landry, qui est co-responsable de cette plateforme. Quand je suis arrivé, il y a deux mois aujourd’hui, nous avons continué de travailler dessus, et avons fait beaucoup de recherches à propos ensemble. En gros, le Crowdlending c’est comme du Crowdfunding, qui veut dire financement participatif. Le financement par la foule. Et qui a été identifié comme un moyen de financement alternatif, pour les  PME et autres porteurs de projets qui font face à des difficultés d’accès au financement dans les banques  et les Etablissements de microfinance (EMF).  Et ces derniers rencontrent plusieurs contraintes. Les banques demandent par exemple un apport personnel  au crédit, qui avoisine souvent les 30 à 40% du crédit lui-même. Et malheureusement, certains entrepreneurs ne peuvent pas fournir ces 30 à 40% d’apport. Quant aux microfinances, elles comportent aussi des contraintes pour les PME. Des fois, les montants offerts aux entrepreneurs ne sont pas assez élevés ou les durées liées au crédit sont très courtes ; et s’étendent généralement sur 12 mois. On voit que les deux modèles de financement ne sont pas les plus adaptés au financement des entrepreneurs. Du coup, JMJ AFRICA a entrepris de créer une plateforme alternative pour le financement de ces PME. Et donc, le Crowdlending, même si ça vient du Crowdfuning, ce n’est pas des dons. Alors que le Crowdfunding accorde une certaine importance aux dons, nous on utilise un modèle de Crowdlending  qui est le prêt. Ce n’est pas le financement par le don, mais plutôt par le prêt. C’est-à-dire qu’il y a un retour sur investissement pour les gens qui prêtent de l’argent. Aujourd’hui, il y a trois modèles dans le Crowdfunding : le Crowdfunding avec dons, le Crowdequity et le Crowdlending.

Pourquoi  JMJ AFRICA a-t-il, selon vous, choisi de développer le Crowdlending ?

Aujourd’hui, les études qui sont menées le montrent. Les différentes expériences du Crowdfunding de ces dernières années en Afrique ont montré que le Crowdlending semble vraiment être l’outil le plus adapté pour les entrepreneurs. Il s’agit ici d’entrepreneurs qui ont le potentiel d’avoir des entreprises à fort impact, mais qui n’ont pas accès à ce financement-là. Et selon la recherche, la dette semble être le modèle le plus adapté comparé à l’Equity et le don.

Nous savons que JMJ Africa est un cabinet conseil en management des projets et l’accompagnement des investisseurs et en assistance en recherche de financement. Avez-vous appris quelque chose sur ces aspects, au cours de vos deux mois de stage au Cameroun ?

Je pense qu’au sein du projet dans lequel j’ai travaillé, j’en ai appris à ce sujet. Dans le sens  où les recherches qu’on a faites nous forçaient à  nous poser des questions auxquelles répondent également les autres départements de JMJ Africa. Car, on a collaboré avec les autres départements : département juridique, département des financiers, l’incubateur, les ingénieurs etc… En collaborant avec ces différents départements, on a pu poser des questions  telles  que : Quels sont les comportements des investisseurs ? Quelles sont les barrières à l’investissement ? Pourquoi certains investisseurs viendraient ou pas investir sur cette plateforme ? Pourquoi, par exemple, aujourd’hui beaucoup d’investisseurs africains et les richesses africaines sortent du continent (c’est-à-dire qu’ils vont investir plutôt hors du continent au lieu d’investir au sein même de leur propre continent) ? Et aujourd’hui, les études le montrent. Plus de 80% de l’Equity, qui a fait le Private Equity aujourd’hui sur le continent africain, est fait par des fonds étrangers au continent africain. Ce ne sont pas des fortunes locales. Et pourtant, on sait que l’Afrique a ces richesses-là. Je ne parle pas des richesses au niveau des ressources. Il y a de grandes fortunes en Afrique, il y a une classe moyenne qui est en train de grandir, une élite ou une classe aisée, etc, qui permettraient l’investissement. Et pourtant, aujourd’hui, ils n’investissent pas forcément assez. Et donc, à travers la création de cette plateforme, on a pu se poser ces questions. Parlant par exemple de l’accompagnement de l’investisseur, on s’est demandé comment est-ce qu’on peut créer une relation de confiance avec l’investisseur pour qu’il soit intéressé d’investir dans cette plateforme.

Dans un contexte où certains sont encore réfractaires à l’innovation, ne pensez-vous pas que le Crowdlending puisse rencontrer des difficultés ?

Au Cameroun aujourd’hui, en Crowdequity et Crowdlending, il y a deux plateformes dont une en crowdequity. Il s’agit de Guanxi. Et l’autre plateforme est basée en France, mais elle a des projets au Cameroun et dans d’autres pays africains. Elle n’est pas camerounaise,  mais plutôt française. Cependant, elle offre des services de crowdequity. Mais en crowdlending, il n’y a aujourd’hui aucune plateforme offrant ce type de service au Cameroun. Et en Afrique de manière  générale, assez tristement, il n’y a uniquement que  deux (02) à trois (03) plateformes de crowlending. JMJ Africa avec sa plateforme JMJ ESMP (Entrepreuneurship, Small and Medium Projects) fait donc partie des pionniers dans ce domaine en Afrique.

Pourquoi avez-vous choisi JMJ Africa pour votre stage d’imprégnation en Afrique ?

Parce que c’est en grande partie lié au CEO, M. Patrice Yantho Yondeu. J’ai eu plusieurs conversations avec lui, avant  de venir ici au Cameroun. Et cela m’a convaincu. J’avais considéré différentes entreprises en Afrique centrale, mais en Afrique de l’Ouest aussi. Discuter avec quelqu’un comme Patrice, qui a vraiment cette vision de vraiment développer le pays et le continent avec une approche qui est différente,  une approche qui est très réaliste également mais qui est différente, m’a permis de miser sur le Cameroun et JMJ Africa. C’est-à-dire qu’on est dans une grande entreprise qui gère des projets liés aux grandes industries ;  mais qui a vraiment cette vision qui est différente. Celle du CEO, qui est de vouloir absolument contribuer au développement du pays et du continent. Et cela m’a définitivement convaincu. Aujourd’hui, il y a beaucoup d’entreprises qui disent  vouloir contribuer au développement du Cameroun et de l’Afrique, mais elles le font de manière un peu superficielle. Patrice essaie vraiment de mettre cette volonté au cœur même de l’activité de JMJ Africa. C’est pour cela qu’il y a eu (il y a de cela un an maintenant), la création de l’incubateur, pour supporter les PME. Parce que la recherche le montre. Pour développer un pays, ça se base en grande partie  sur les PME. Alors,  oui, il faut également travailler avec les grands projets qui sont une partie essentielle du développement économique d’un pays, mais si vous voulez développer de manière socio-économique et  que vous voulez  créer un développement inclusif, il faut  aussi beaucoup passer par les PME. Et aujourd’hui, l’intérêt de Patrice Yantho pour les PME est très grand. On le voit à travers la plateforme de crowdlending, via l’incubateur et  les différents projets qui sont au sein de l’entreprise. Je pense qu’il faut faire une différence. Et moi, qui suis passionné par le développement durable et ces questions de développement durable, je me sens très à l’aise d’étudier  de près ces questions de développement socio-économique. Parce que des fois,  ce n’est pas forcément la  même chose. Des fois, on a affaire à un développement socio-économique, qui va suivre des principes de développement durable. Des fois, moins. On a aujourd’hui dans des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire, un développement très rapide. Tout le monde parle de la Côte d’Ivoire, qui se développe à grande allure. C’est un des taux de croissance les plus élevés sur le continent africain. Mais si on regarde de près, on verra qu’il y a des manquements. Est-ce que cette croissance économique bénéficie réellement à la population locale ? Est-ce qu’il y a une classe moyenne qui est en train  de se développer aussi vite qu’on ne le dit ? J’en suis moins sûr. Je suis allé en Côte d’Ivoire, j’ai beaucoup discuté avec des personnes qui viennent de Côte d’Ivoire, et on se rend compte qu’il y a un développement  économique, mais qui n’est pas inclusif.  Et il y a une grande différence. Je pense qu’il faudrait faire une différence entre la croissance économique basée sur le PIB et le développement socio-économique inclusif d’un pays. Et Patrice a vraiment cette vision d’un développement inclusif. Certes, il veut développer les grandes industries, mais il veut aussi s’assurer que tous ces développements bénéficient véritablement au développement du pays et du continent. En gros, on l’a vu par exemple quand on est allé à Kribi, pour le projet de construction d’une usine d` Appareils électroménagers, SICAMEC SA. On a eu des échanges avec la communauté locale, qui habite à côté du site. Lors de la consultation, la communauté était assez furieuse, car de nombreux projets étaient passés par là pour leur demander leur bénédiction. Mais sur les nombreux projets qui étaient passés par là, un seul avait tenu sa promesse. Car il a vraiment essayé d’employer par exemple les jeunes de cette communauté locale. Le projet en question a profité  d’un point de vue économique et social à cette communauté locale. Sur tous les projets qui sont passés par là, un seul a profité aux populations. Et ce projet est passé par Patrice, celui de l’Usine de Transformation de Cacao, ATLANTIC COCOA.

On voit bien qu’aujourd’hui il y a trop d’entreprises qui ne sont pas là forcément avec la vision d’un développement inclusif. Un développement économique, oui. Mais il faut faire la différence. Je pense que c’est un changement de paradigme qu’il faut avoir. Et il faut l’avoir rapidement. Sinon, on verra sur les prochaines dix années, l’Afrique se développer de manière très rapide au niveau économique, mais cela va surtout bénéficier aux élites locales (politiques et économiques), et les entreprises étrangères qui exportent cette valeur ajoutée. Donc, c’est très important de penser ces concepts de développement inclusif. Et pour revenir à votre question, je pense qu’en parlant avec Patrice, j’ai pu voir une entreprise aussi grande que celle de JMJ avec plus de 60 employés. Avec autant de projets sur lesquels les employés travaillent. Et avoir un CEO, qui a cette mission qui l’anime tous les jours, de vouloir développer à travers ses  activités-pas juste sur le côté superficiel mais au cœur de ses activités-le développement inclusif de son pays et de son continent, ça fait toute la différence.

Quelles sont par exemple les questions que vous vous posiez avant votre arrivée au Cameroun ?

Je pense que ce qui va être très intéressant c’est de faire un autre article en janvier prochain. Et là, je vais retourner à mon université qui est l’Université McGill au Canada (Montréal). Je vais écrire un papier de recherche sur comment est-ce le secteur privé africain (en comparant le Sénégal au Cameroun et pas pour généraliser la situation du continent, mais pour comparer le Sénégal au Cameroun qui ont deux situations très différentes sur le plan politique et économique) dans ces deux pays peut réduire la vulnérabilité au changement climatique, tout en créant  un développement socio-économique inclusif. Donc, vraiment, c’est de se demander si la croissance économique observée aujourd’hui en Afrique est une croissance purement économique, mais qui ne bénéficie pas au continent et qui est désastreuse  au niveau social et environnemental ; ou est-ce que c’est un développement économique qui est en train de bénéficier à la population locale y compris l’environnement. Parce qu’aujourd’hui, et il faut le savoir, d’ici la fin du siècle actuel, il y aura 04 milliards de personnes sur  le continent. Et il s’agira de la croissance démographique la plus rapide que l’histoire de l’humanité a vue. Tout ça, uniquement en Afrique. Sur les plus de 04 milliards, il y a vraiment 85% de la population qui va se développer ici sur le continent. Donc, il y a ces questions  qui doivent se poser. Parce que si vous le voulez, il y a le changement climatique qui vient. Et donc, il faut développer le continent et le Cameroun de manière rapide, pour répondre à ces  défis qui sont posés par le changement climatique. Mais en même temps, il faut créer un développement socio-économique qui amène à la réduction de la vulnérabilité au changement climatique. Il y a une différence entre augmenter le pouvoir d’achat (les revenus) des personnes dans le pays et réduire la vulnérabilité au changement climatique. Ce n’est pas parce que les personnes gagnent plus d’argent qu’elles sont moins vulnérables au changement climatique. Il y a des actions concrètes qu’il faut mener pour réduire ces vulnérabilités au changement climatique. Et donc, il faut se demander comment on peut créer un développement socio-économique qui ne va pas être trop dévastateur. Parce qu’il faut permettre à l’Afrique de polluer (les pays occidentaux ont pollué pendant longtemps), parce qu’on ne peut pas se développer sans polluer. Mais, on ne peut pas se permettre également d’avoir un continent qui produit un modèle de développement économique qui reproduit les mêmes erreurs que les pays occidentaux. Par exemple, un modèle économique qui se base sur les énergies fossiles, qui utilise uniquement du plastique, etc… Le pastique est partout. A la fin de rédaction de mon article, je pourrais donc faire part des résultats auxquels je suis parvenu en janvier 2020.

Pour sortir  de cet entretien, parlez-nous un peu de vous…

Je suis étudiant en licence. Et j’étudie la gestion pour le développement durable au sein de la Business School de Mc Gill, la Faculté de Management. Concrètement, mes études portent sur comment est-ce que les entreprises peuvent devenir tout simplement plus durables,  voire utiliser le secteur privé comme une force pour répondre aux défis du  changement climatique ; mais également des problématiques sociales. Parce que le développement durable, ce n’est pas uniquement l’aspect environnemental. C’est aussi l’aspect social. J’étudie principalement la gestion pour le développement durable. J’étudie également l’entreprenariat social. Et j’étudie aussi les études africaines (je fais des études africaines).

Et ce sera pour exercer quel métier dans l’avenir ?

J’ai deux passions.  J’ai une passion pour le commerce durable. Utiliser le secteur privé comme une ressource, une solution aux problèmes socio-environnementaux et rendre le secteur privé plus durable. Tant au niveau social qu’environnemental. Ça c’est ma première passion. Et j’ai également la passion des entrepreneurs africains et de leur potentiel à développer leur propre continent. A l’avenir, la question qui va se poser pour moi ce sera, suite à une carrière (et là, c’est mon premier objectif, c’est d’établir une carrière en Amérique du Nord dans le développement durable), et après avoir développé mon savoir et mes expériences (mon carnet d’adresse, les capitaux et le réseau nécessaire), à ce moment-là pourquoi pas mettre le cap sur l’Afrique. Basculer vers ici et voir à ce moment-là  comment je peux contribuer à quelque chose, sachant que les questions de développement durable doivent être posées davantage. Car aujourd’hui, on n’en parle pas assez. On ne parle pas de la manière dont on veut développer de manière économique le continent africain. Aujourd’hui, je ne me sens pas prêt, juste après ma licence, de venir travailler totalement ici. Car, je dois gagner de l’expérience d’abord. C’est aussi une question d’humilité. Il faut apprendre d’abord et constituer la notoriété.

Propos recueillis par Joseph Roland Djotié

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