Déficit énergétique : Permettre à 645 millions d’Africains d’accéder au développement via l’énergie solaire

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Déficit énergétique : Permettre à 645 millions d’Africains d’accéder au développement via l’énergie solaire

Ils sont  645 millions d’Africains qui n’ont pas accès à une source d’électricité, selon la note de février 2019 de l’Institut Montaigne  relative aux enjeux de  l’énergie solaire en Afrique. A en croire ce Think Tank, qui est une plateforme de réflexion, de propositions et d’expérimentations consacrées aux politiques publiques en France et en Europe, la production d’électricité  est encore rare dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. Par exemple, seuls 32% de la population y a accès selon la Banque africaine de développement (BAD). « C’est le taux le plus faible du monde, alors même que les besoins sont considérables, avec une population en augmentation constante (390 millions d’habitants en plus en 2017 par rapport à l’an 2000) », précise l’Institut Montaigne.

Cet accès très limité de millions d’Africains à l’électricité, qui  constitue à n’en point douter une énorme opportunité d’affaires pour les investisseurs, s’explique en partie par les capacités de production actuelles de nombreux pays qui restent  limitées. D’après le Think Tank, les 48 pays d’Afrique subsaharienne ne disposent que de 46 gigawatts de capacité installée pour une population de plus d’1 milliard d’habitants. En comparaison, l’Espagne dispose de 106 gigawatts pour une population de 45 millions d’habitants. Autre  facteur, et pas des moindres, l’électricité est chère, son coût de production est, apprend-on, de 0,20 à 0,50 USD/kwh en Afrique subsaharienne ; ce qui est très élevé par rapport à la moyenne mondiale qui se situe autour de 0,10 USD/kWh.

Les études récentes confirment que le déficit énergétique dont souffre malheureusement le continent contraste avec un riche potentiel en la matière. D’après l’Agence internationale de l’énergie renouvelable (IRENA), les réserves africaines d’énergie hydraulique (environ 1100 Twh) ne sont à ce jour exploitées qu’à environ 8%. La vallée du Rift au Kénya aurait, apprend-on, un potentiel en énergie géothermique évaluée à 9 gigawatts (GW) dont seulement 6% est actuellement exploité. Des pays comme la RDC et l’Ethiopie possèdent, selon la Banque mondiale, respectivement 40% et 20% du potentiel hydroélectrique du continent. Dotée d’une irradiation solaire deux fois supérieure à celle de l’Europe, l’Afrique est l’endroit idéal pour la production intensive de panneaux solaires et photovoltaïques.

Etant donné que le nombre de personnes (645 millions)  n’ayant pas accès à l’électricité  va continuer de croitre mécaniquement, en raison d’une croissance démographique supérieure aux nouvelles capacités de production d’électricité, l’énergie solaire représente une solution particulièrement adaptée aux besoins et aux  spécificités des pays du continent. Et l’Institut Montaigne recommande cette solution pour plusieurs raisons: le continent bénéficie d’un ensoleillement privilégié ; l’énergie solaire est compétitive; elle bénéficie d’une simplicité de fonctionnement et d’une grande rapidité de construction ; elle s’adapte à toutes les réalités du terrain, du kit solaire équipant un foyer isolé, jusqu’à la gigantesque ferme solaire alimentant des villes entières.  Et enfin, elle peut fonctionner hors réseaux de transport et de distribution et ainsi alimenter des populations isolée sans attendre le déploiement long et coûteux des lignes à haute tension.

Cependant, un certain nombre de freins pénalisent la concrétisation de projets photovoltaïques sur le continent. A l’instar de l’inadaptation des outils de financement existants  au caractère capitalistique et à  la petite taille des centrales solaires ; la politique de subventions déployées sans discernement par quelques Etats et banques de développement artificiel ; le recours  quasiment systématique aux appels d’offres pour sélectionner les projets solaires, etc… Des obstacles que les Etats s’attèlent à lever progressivement, afin d’attirer les investisseurs privés, comme on peut le voir au Cameroun, Nigéria, Kénya ou encore en Côte d’Ivoire.

Joseph Roland Djotié

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